Par Diakaridia Dembelé, Croix-Rouge malienne

Boubacar Traoré est l’un des premiers déplacés accueillis à Sévaré, une ville située à 13km de Mopti, au centre du Mali. A 57 ans, il a été contraint de quitter Hombori, sa ville natale où il a passé toute sa vie, par crainte de se faire enrôlé de force par les groupes armés qui contrôlaient cette ville située sur la route de Gao.

«J’ai quitté ma ville pour éviter d’être enrôlé de force par les groupes armés, car ils avaient besoin de techniciens qualifiés comme moi », explique Boubacar, que nous avons rencontré dans le camp des déplacés de Sévaré basé dans le quartier de Waïlirde, qui signifie  « dépotoir » en langue peulh.

Toutefois, en habitant ce quartier contre son gré, avec son épouse et ses dix enfants, Boubacar ne se sent pas abandonné à lui-même. Comme tous ses voisins, il bénéficie de l’appui des organisations humanitaires comme la Croix-Rouge pour survivre.

Depuis son arrivée à Sévaré, il y a presque un an, l’ancien mécanicien de liaison, n’a plus d’activités, une oisiveté qui le ronge intérieurement. « Je ne fais rien ici. Même si je voudrais reprendre la mécanique, ce serait compliqué car personne ne me connait ici », martèle-t-il avant d’ajouter que sa seule chance est que tous ses enfants sont des élèves. Même déplacés, ils ont eu la chance de poursuivre les cours sur place.

Un retour difficile

Lorsque Boubacar Traore se prononce sur la question de son retour et celui de sa famille, l’émotion l’emporte sur sa voix. Avec un chat à la gorge, le vice président du comité de gestion du camp des déplacés de Sévaré, exprime sa volonté de rentrer dès que l’occasion se présentera.

«On est roi que chez soi », c’est  cet adage qui anime le quinquagénaire de Hombori devenu locataire à Sévaré par la force des choses car il loue deux autres chambres pour ses premiers enfants dont le premier a 19 ans. «Je vais retourner chez moi, mais je sais que les mêmes difficultés m’attendent. Si toutefois, j’ai la chance d’être accompagné, je vais reprendre mon métier de mécanicien de liaison et la vente de pièces», souhaite-t-il.

Fervent croyant en Dieu, dès que la question lui dépasse, il n’y a qu’une seule phrase qui puisse lui remonter le moral : « Je me remets à Dieu ». Se remettre à Dieu et aux organisations humanitaires qui lui procurent sa ration alimentaire depuis près d’une année. Garder l’espoir de revoir un jour sa ville de Hombori où il pourra recouvrir son « garage –auto », tel est la foi qui anime Boubacar.

Boubacar dit avoir tout perdu, mais pas la foi en Dieu. « J’ai perdu tout ce que j’avais, mais depuis notre arrivée ici, c’est la Croix-Rouge Malienne qui nous accompagne. Ils nous ont donné des habits, des kits de ménage, des nattes, des rations alimentaires. D’autres organisations nous ont aussi aidé.

Dans le camp de Sévaré, le premier souci pour bon nombre des déplacés de Sévaré, c’est le retour dans leurs localités d’origines. Ils estiment que même si le nord n’est pas libéré à 100%, il l’est déjà à 70-80%.

Mais dans des circonstances où il est difficile d’entrevoir l’avenir avec certitude, il est prématuré de dire quand est ce que Boubacar Traore et les siens retourneront à Hombori.

«Nous avons des maisons en banco, et avec l’hivernage passé, tout s’est effondré. Quand tu n’es pas là, même ton voisin prend ta porte et le bois de ton chaume pour construire chez lui. En rentrant chez moi aujourd’hui, je ne pourrais pas dormir chez moi car tout a été emporté», renchérit Boubacar Traore, soucieux de l’avenir de ses enfants.